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L’IoT au chevet de la santé des rugbymen
L’IoT au chevet de la santé des rugbymen
Par Romain Doussau dans actualités Publié 27 septembre 2019 0 Commentaires

Avec le système Protecht, les entraîneurs peuvent apprécier en temps réel les impacts subis par les joueurs sur le terrain et détecter les risques de traumatismes crâniens

La Coupe du Monde de Rugby bat son plein, et si les fans suivent avidement les matchs opposants les 20 pays en compétition, de nombreux initiés sont aussi très sensibilisés au problème des commotions cérébrales dont peuvent être victimes les joueurs pendant le jeu. Une étude récente sur les traumatismes crâniens pouvant affecter les sportifs de haut niveau, aussi bien dans le football, le rugby, le hockey sur glace que le football américain, a montré que le rugby masculin était le plus affecté, tant au cours des matchs que pendant l’entraînement. En effet, environ 20 % des blessures comptabilisées dans les matchs professionnels de rugby sont liées à des commotions cérébrales, incitant certains parents à interdire à leurs enfants de pratiquer ce sport.

Afin de réduire les risques de commotions cérébrales qui menacent l’avenir de ce sport, SAP a développé avec Sports & Wellbeing Analytics (SWA) et Keytree, la plate-forme Protecht. Reliée en IoT à un protège-dents, cet appareil qui protège les dents et les gencives du joueur, la plateforme recueille en temps réel des informations sur les impacts reçus par les athlètes sur le terrain. Plus précisément, le protège-dents est équipé d’un accéléromètre qui mesure la force G de chaque impact, laquelle est ensuite analysée par le système Protecht. Les entraîneurs peuvent utiliser cette donnée instantanément pour prendre une décision en cours de jeu. De plus, pour guider leur choix, ils peuvent aussi confronter leur analyse aux données historiques recueillies sur chaque joueur pendant l’entrainement ou au cours de précédents matchs.

Une base de connaissance fournie

Ce système d’évaluation des impacts est déjà utilisé par la franchise régionale de rugby à XV galloise des Ospreys, qui a remporté quatre championnats Pro14, une compétition qui réunit des sélections de provinces galloises, irlandaises, italiennes, écossaises et sud-africaines, soit plus que n’importe quelle autre équipe du Pays de Galles. « Cela nous permet non seulement de créer une bibliothèque de données sur le nombre d’impacts constatés au cours d’un jeu et d’évaluer la marge de ces impacts, mais aussi de connaître la capacité de chaque joueur à encaisser l’impact pendant un jeu, et ce dans différentes positions, mêlées, alignements, rucks et mauls, et même si un joueur court avec le ballon ou fait des tacles », a expliqué Simon Church, responsable de la performance physique des joueurs du Ospreys RFC.

Certains de ces incidents, par exemple un genou qui frappe une tête pendant une mêlée, passaient souvent inaperçus à l’œil humain. Les protège-dents les rendent visibles dans les données qui permettent de connaître l’état de santé des joueurs et aident les équipes à évaluer le nombre de contacts qu’un joueur peut encaisser en toute sécurité pendant l’entraînement et les matchs. « La charge d’impact est comptabilisée sur une semaine, et nous vérifions que les joueurs soient à près de 100 % de leur production en fin de semaine », a ajouté Allen Clarke, l’entraîneur en chef de l’Ospreys RFC. « Cela nous permet d’adapter précisément les entraînements ».

Personnalisé pour l’adoption

Le protège-dents a été développé par SWA avec un hardware et des logiciels conçus par Keytree, et intégrés à la plate-forme de données SAP Hana pour l’analyse des impacts. Les données linéaires et de rotation remontées par les protège-dents sur la vitesse à laquelle la tête est accélérée dans toutes les directions permettent d’analyser l’impact. Les données peuvent être intégrées à des informations sur la vitesse de déplacement du joueur mesurée par les systèmes GPS et à d’autres facteurs comme des habitudes de sommeil de façon à avoir une vue globale sur la santé et la performance du joueur. Le club des Ospreys utilise ces données pour adapter la course et les contacts pendant l’entraînement et maximiser les bénéfices de chaque session tout en minimisant les risques. « Le système ne prédit pas les commotions cérébrales et ne peut pas les prévenir, mais l’analyse peut nous aider à comprendre les impacts auxquels est soumis un joueur à un moment précis. Et surtout d’intervenir de manière appropriée », a déclaré Chris Turner, le CEO de SWA.

Les protège-dents ont été faits sur mesure pour chaque joueur, si bien que le système a reçu le soutien de sportifs de haut niveau comme James Hook, joueur des Ospreys et quatrième meilleur marqueur de tous les temps de l’équipe galloise. La saison dernière, ce dernier a même pu tester et profiter de l’efficacité du système : son entraîneur a décidé de le sortir du terrain à la suite de l’impact mesuré après une collision. « Aujourd’hui, la plupart des joueurs portent des protège-dents, donc ils y sont habitués », a-t-il ajouté. « Quand à la petite puce qui se trouve à l’intérieur, on l’oublie dès qu’on a mis le protège-dents dans la bouche ».

Le système pourrait également être utilisé dans le cadre de tout sport exposant les joueurs à des impacts à la tête, depuis la boxe jusqu’au football. Protecht améliore déjà la sécurité et la performance sur le terrain de rugby, mais Allen Clarke, l’entraîneur en chef des Ospreys, se réjouit également des avantages potentiels à long terme. Ce dernier pense en effet qu’il pourrait inciter les fans qui suivent actuellement la Coupe du Monde de Rugby à pratiquer ce sport, et pourquoi pas, ils seront peut-être les stars de demain. « Nous voulons que les gens jouent au rugby et que le rugby soit un sport sûr. Si nous pouvons minimiser les effets du rugby sur le cerveau, la pratique de ce sport sera mieux perçue et de plus en plus de jeunes sportifs voudront le pratiquer dans le monde »

Source : www.lemondeinformatique.fr

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