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L’IoT, le nouveau mantra du groupe Airbus
L’IoT, le nouveau mantra du groupe Airbus
Par Romain Doussau dans actualité Publié 19 décembre 2016 0 Commentaire

Plus de 2 000 capteurs sont installés dans chaque appareil commercialisé aujourd’hui par l’avionneur. Ces objets connectés facilitent notamment les opérations de maintenance.

Pour entretenir plus efficacement ses très gros coucous et faciliter la vie des compagnies aériennes qui les opèrent, Airbus s’est converti à l’IoT. Nicolas Monturet, architecte digital de l’avionneur rencontré début décembre pendant le salon sur l’IoT industriel Connect + Event, brosse le tableau : « plus de 2000 éléments d’un avion en opération sont aujourd’hui étiquetés ou connectés en RFID. Pendant les phases de test de nos appareils, c’est beaucoup plus. Un nombre très important d’éléments sont connectés afin d’évaluer des milliers de paramètres physique sur un appareil et ce chiffre va fortement croître à l’avenir. »
Pour faire passer ses avions à l’ère de l’IoT, Airbus a constitué il y a huit ans une équipe dédiée qui regroupe aujourd’hui neuf personnes. Elle coordonne les projets menés dans les différentes branches métiers du groupe. Baptisée « Been worth value chain visibility », cette structure travaille avec une centaine d’acteurs de l’Internet des objets. « Cet écosystème est complexe. Nous collaborons avec des entreprises issues du monde des télécoms, de l’électronique, de la mécanique… », explique Trevor Stone, responsable du développement IoT chez Airbus qui dirige cette division.

Pour construire ses appareils, Airbus collabore avec une centaine de sous-traitants. « Aujourd’hui 72 d’entre eux posent des tags de géolocalisation sur les pièces qu’ils fabriquent pour nous. Ce nombre devrait doubler en 2017. L’ensemble des pièces qui demandent un suivi particulier, notamment pour des questions de maintenance, seront alors marquées », souligne Trevor Stone. Les ingénieurs chargés d’entretenir le matériel sauront par exemple que les trains d’atterrissage de l’avion ont été utilisés pendant 800 heures et qu’ils ont besoin d’être révisés.
Les gilets de sauvetage destinés aux passagers seront également connectés. Le personnel navigant, qui doit très régulièrement les recenser pour des raisons de sécurité, passera simplement dans la cabine avec un scanner pour vérifier que le compte est bon. « Cette opération était chronophage pour les équipages, elles ne prendra plus que quelques minutes avec ce système. C’est un gain d’efficacité important pour les compagnies aériennes », souligne Trevor Stone.

Pour que les différents systèmes communicants installés par ses sous-traitants soient compatibles, Airbus a défini deux standards. Le premier est matériel et permet à l’avionneur d’être certain que les puces installées résistent physiquement aux conditions extrêmes d’un vol (notamment au froid). Le second est un étalon qui normalise la structure des données. Le groupe peut ainsi facilement croiser les informations collectées par les différents capteurs.
La start-up IoT toulousaine Uwinloc est l’un des fournisseurs de tags de géolocalisation qui travaille avec le géant de l’aéronautique. Ses puces, qui coûtent entre 50 centimes et deux euros l’unité, permettent de localiser un objet à 30 mètres de distance. La principale qualité de ces capteurs ? Leur longue durée de vie, car ils n’ont pas de batterie à proprement parler. « Grâce à une antenne, ils captent l’énergie électromagnétique dont ils ont besoin dans leur environnement pour envoyer les données de localisation », explique Eric Cariou, PDG d’Uwinloc.
Créée en novembre 2015, l’entreprise compte déjà une quarantaine de clients. Une dizaine d’entre eux, comme Airbus, Safran et Air France, sont issu du petit monde de l’aéronautique. Uwinloc a déjà vendu 10 millions de tags, qui seront livrés entre 2017 et 2018. « Nous avons aujourd’hui 25 salariés et tablons sur un chiffre d’affaires de 25 millions d’euros d’ici 2020, dont un quart environ sera réalisé dans le secteur de l’aviation », assure Eric Cariou.

Uwinloc n’a pas signé son contrat avec Airbus par hasard. La start-up fait partie du BizLab, l’incubateur créé en mars 2015 par l’avionneur à Colomiers, à proximité de son siège toulousain. Depuis le lancement de la pépinière, trois start-up et un projet d’intraprenariat IoT ont été incubés pendant six mois (le BizLab accueille aussi des entreprises d’autres secteurs). En plus d’Uwinloc, Airbus a repéré la pépite Skysense et le projet interne Aircam. Les deux équipes développent des drones facilitant la maintenance des avions. La jeune pousse Synergeticon, qui a créé une plateforme de gestion à distance des capteurs industriels, a également tapé dans l’œil de la firme.
Airbus est donc à l’affut de l’innovation qui pourrait faire la différence sur son marché, même s’il avance encore à petit pas, car des freins entravent le déploiement massif et immédiat de l’IoT dans l’aéronautique. Aujourd’hui, les avions ne peuvent pas envoyer facilement leurs données pendant un vol lorsqu’ils traversent plusieurs pays. « Les règlementations sur le transfert de data et les acteurs télécoms qui opèrent diffèrent d’une région à l’autre. Nous travaillons aujourd’hui avec plusieurs telcos pour construire une solution de communication globale, mais cela prend du temps », souligne l’architecte digital Nicolas Monturet.
Pour répondre à cette problématique le groupe collabore aussi avec les nouveaux opérateurs de l’IoT, comme Sigfox qui a déployé son réseau dans 28 pays et prévoit d’en couvrir 60 d’ici 2018. « Nous avons commandé près d’un millier de capteurs de géolocalisation couplés au réseau Sigfox en 2016 et prévoyons d’en acquérir 14 000 de plus en 2017, pour localiser nos moyens logistiques (conteneurs de pièces) sur de longues distances. Le retour sur investissement de ce projet devrait être assez rapide, 9 mois à un an tout au plus », indique Trevor Stone.

Source : www.journaldunet.com