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L’IoT et le Big Data au service de l’urbanisme
L’IoT et le Big Data au service de l’urbanisme
Par Romain Doussau dans actualité Publié 8 septembre 2016 0 Commentaire

La Mairie de Paris mène un projet de réaménagement de 7 grandes places parisiennes. L’objectif : redéfinir l’espace accordé aux piétons, au mobilier urbain et aux espaces verts là où la voiture sature l’espace. Capteurs, réseaux IoT et Big Data sont à l’œuvre.

Qui s’est véritablement baladé un jour place de la Nation à Paris ? Le trafic routier est intense et quand on est piéton, il faut avoir une bonne pointe de vitesse pour traverser et profiter du parc au centre de la place. La pollution est intense et le bruit de la circulation omniprésent. C’est pour rendre cet espace aux piétons tout en assurant la fonction d’entrée à la capitale aux automobilistes que la Marie de Paris a lancé une grande étude sur l’aménagement de cette place.

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OpenDataSoft a pu présenter une visualisation des données collectées Place de la Nation sur le stand de Cisco et Vinci Energies lors du salon Viva Technology Paris 2016.

« Nous souhaitons réaménager la place de manière vivante et active » assure Benjamin Favriau, responsable de projets dans la mission « Ville intelligente et durable » de la mairie de Paris. A la différence de bien des projets d’urbanisme qui s’appuient sur des données de circulation et des enquêtes à un instant T, la Mairie de Paris a adopté une approche différente pour la place de la Nation. Celle-ci a été bardée de capteurs afin de mesurer en temps réel l’activité sur la place dans sa configuration actuelle, mais aussi tester temporairement d’autres configurations. « Nous allons par exemple reconnecter des îlots en barrant la circulation en certains points de la place pendant quelques jours et mesurer en temps réel comment réagit le trafic routier, comment les piétons exploitent ces nouveaux espaces. Immédiatement, nous saurons si c’est un échec ou un succès » explique Benjamin Favriau.

Inter : Un banc d’essai des technologies de l’Internet des objets

Cette nouvelle approche, baptisée le « Tactical Urbanism » n’est possible que grâce à une collecte massive de données en temps réel, raison pour laquelle, ont été mobilisées place de la Nation toutes les technologies issues de l’Internet des objets. Jean-Louis Missika, adjoint au Maire de Paris chargé de l’urbanisme souligne : « Ce projet est à la croisée de 3 avancées issues du numérique. D’une part, il exploite l’internet des objets, mettant en avant le rôle des capteurs dans la façon dont seront pilotées les villes dans le futur, avec une mesure en temps réel des flux de piétons, cyclistes, voitures, des données que l’on peut croiser avec les niveaux de bruit, de température, etc. Le deuxième point de ce projet, c’est la mise en place de partenariats public/privé, ici avec Cisco, mais aussi avec l’écosystème des startups parisiennes qui travaillent avec nous sur ces données. Enfin, ce projet est une mise en œuvre de l’urbanisme tactique dans lequel nous allons pouvoir tester diverses configurations et constater ce que cela implique dans les flux. »

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Quatre afficheurs présentent aux piétons le niveau de bruit qu’ils subissent en traversant la Place de la Nation. Les poteaux portent en fait de multiples capteurs dont les données sont ensuite analysées via des algorithmes de type Big Data.

Une vingtaine de caméras ont été installées sur cette place qui mesure plus de 250 m de diamètre. La startup américaine Placemeter fournit ses logiciels d’analyse d’image qui permettent de mesurer précisément le nombre de piétons, de cyclistes et automobilistes sur une zone virtuelle dessinée à l’écran. Le logiciel ne peut identifier une personne (qui ne mesure pas plus de 10 pixels de hauteur), par contre il peut calculer la vitesse des véhicules, des 2 roues et des piétons, éventuellement le temps passé par les piétons sur un banc. 70 points de mesures ont ainsi été dessinés tout autour de la place.

Outre cette analyse des flux, 14 sonomètres ont été disposés sur la place ainsi que 5 ensembles de capteurs pour évaluer la qualité de l’air, des thermomètres, etc. Pour les riverains, le dispositif se matérialise par 4 panneaux d’affichages où est affiché le niveau de bruit. L’ensemble des données sont collectée via Wifi vers un ensemble de serveurs situés dans une armoire technique, situé sur la place.

Certains capteurs transmettent leurs données via le réseau LoRa purement dédié à l’Internet des objets. Il s’agit des capteurs placés sur les conteneurs de collecte du verre. Ces petits capteurs ultrasons transmettent toutes les 4 heures le niveau atteint par le verre « C’est une information fondamentale » souligne Jean-Louis Missika qui ajoute « Cette donnée permet d’optimiser les tournées de ramassage, c’est donc moins de camions qui circulent dans la ville, donc moins de nuisances pour les riverains. »

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Installé Place de la Nation, le eTree doit participer à la dépollution du site. Créé par Green City Solutions, ce dispositif a l’efficacité de 275 arbres pour absorber les particules et polluants.

Autre source de données potentielle, le eTree de la startup allemande Green City Solutions. Il s’agit d’un imposant mobilier urbain composé d’un mur végétal de 4 mètres de hauteur et de bancs pour les passants. Composé de mousses végétales, celui-ci piège les polluants. Son ordinateur embarqué, alimenté par panneau solaire, assure l’arrosage automatique du dispositif qui est autonome. Il peut aussi transmettre des données environnementales.

Inter : Un écosystème se construit autour de la donnée collectée

Après un premier traitement local des données par les ordinateurs situés sur la place, celle-ci sont transmises au datacenter où elles vont véritablement pouvoir être analysées. Comme l’a évoqué Jean-Louis Missika lors de la présentation du projet par l’équipe de la mairie, « ce projet fait appel aux technologies Big Data qui permettent de croiser des jeux de données et tirer des enseignements à partir des informations collectées. » L’adjoint au Maire a notamment rappelé le programme Datacity dans lequel la Mairie a pendant 3 mois fait collaborer acteurs publics, startups et partenaires industriels afin d’expérimenter des solutions pour la ville de demain. Parmi les startups qui participèrent à ce programme, Qucit, un bordelais qui a mis au point des algorithmes d’optimisation pour les parcs de vélos.

Parmi les autres partenaires de ce projet, Breezometer (plateforme Cloud d’analyse de la pollution), Bruitparif (observatoire du bruit en Ile-de-France) ainsi qu’OpenDataSoft dont la plateforme Big Data stocke l’ensemble des données collectées place de la Nation. Cette plateforme est entièrement dédiée aux besoins de la Smart City. Elle joue le rôle de hub pour consolider les données brute, les mettre à disposition des algorithmes d’analyse. Elle donne en outre des outils de visualiser de ces grandes masses de données. OpenDataSoft pourra publier ces données en Open Data si la Mairie de Paris le décide.

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Les algorithmes de l’américain Placemeter permettent de mesurer les flux de circulation des véhicules, 2 roues et piétons sur la place de la Nation a partir des images d’une vingtaine de caméras.

Pour l’adjoint au maire, cette multiplication dans la ville doit amener la Mairie à réfléchir sur sa stratégie vis-à-vis de l’Internet des objets : « Il va y avoir de plus en plus de capteurs dans la ville. Cela implique qu’il nous faudra être capable de les cartographier, savoir qui place des capteurs et où il le fait. En outre, il faut réfléchir à ce qu’il faudra faire des données produites. Doivent-elles rester privées ou doivent-elles être ouvertes et publiées sur Parisdata, notre site d’Open Data ? Paris doit-il déployer un réseau de capteurs à l’échelle de la ville dont les données seront ouvertes en Open Data ? Ce sont encore des questions qui doivent être tranchées » conclut Jean-Louis Missika.

Source : www.zdnet.fr